Rupture conventionnelle et chômage : tout savoir
Rupture conventionnelle chômage : conditions, délais, montants ARE en 2026. Guide complet pour salarié et employeur. Consultez un expert si besoin.

La rupture conventionnelle ouvre droit au chômage, là où une démission classique vous en prive. Dès lors que la convention est homologuée, le salarié peut percevoir l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE) versée par France Travail, sous réserve de remplir les conditions d'affiliation. Créé par la loi du 25 juin 2008, ce dispositif s'est imposé comme l'un des modes de rupture les plus courants : plus de 500 000 conventions sont homologuées chaque année selon la DARES. Ce que salarié et employeur doivent savoir avant de signer.
En bref
- La rupture conventionnelle homologuée ouvre le droit à l'ARE dès 6 mois d'affiliation (130 jours) sur les 24 derniers mois.
- Le délai de carence avant le premier versement peut atteindre 150 jours si l'indemnité dépasse le minimum légal.
- L'indemnité de rupture est exonérée de cotisations sociales jusqu'à 2 fois le PASS (94 176 € en 2026) et d'impôt sur le revenu jusqu'à 247 464 €.
- La procédure dure au minimum 1 mois et 10 jours entre la signature et la fin effective du contrat.
- Les salariés de 55 ans et plus bénéficient d'une durée d'indemnisation maximale de 27 mois (contre 18 mois pour les moins de 53 ans).
Rupture conventionnelle et chômage : les conditions d'éligibilité
Droit ouvert. Mais pas automatiquement.
La rupture conventionnelle homologuée donne accès à l'ARE, à condition de satisfaire aux critères d'affiliation fixés par la réglementation d'assurance chômage. Depuis la réforme de 2023, applicable en 2026, le salarié doit justifier d'au moins 6 mois de travail (soit 130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois (portés à 36 mois pour les plus de 53 ans).
Autres conditions à réunir :
- Être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de France Travail dans les 12 mois suivant la fin du contrat
- Être involontairement privé d'emploi : la rupture conventionnelle est bien reconnue comme telle
- Résider en France et être apte à travailler
- Rechercher activement un emploi et accomplir les démarches demandées par France Travail
Cas particulier des salariés protégés (délégués du personnel, membres du CSE) : la rupture doit être autorisée par l'inspecteur du travail, et non simplement homologuée par la DREETS. Cette étape supplémentaire rallonge la procédure de plusieurs semaines.
Un point à ne pas négliger : si le salarié démissionne avant ou après la signature d'une convention non encore homologuée, ses droits à l'ARE tombent. La date de fin du contrat retenue est exclusivement celle inscrite dans la convention homologuée.
Si les conditions de la rupture ne conviennent pas à l'une des parties, il est aussi possible de modifier certains éléments contractuels en amont via un avenant au contrat de travail, avant d'envisager une séparation définitive.
Montant et durée de l'ARE après une rupture conventionnelle
Le montant de l'ARE est calculé à partir du salaire journalier de référence (SJR), établi sur les salaires bruts perçus au cours des 24 derniers mois (ou 36 mois pour les seniors).
Sur le même sujet, notre article arrêt maladie et salaire : ce que... complète cette analyse.
Formule appliquée en 2026 :
- Partie fixe : 13,11 € par jour (montant plancher actualisé)
- Partie proportionnelle : 40,4 % du SJR
- Montant retenu : le plus élevé des deux, dans la limite de 75 % du SJR
Cas concret : pour un salaire brut mensuel de 2 500 €, le SJR s'établit autour de 82 €. L'ARE ressort à environ 46 € par jour, soit approximativement 1 380 € par mois.
La durée d'indemnisation correspond à la durée d'affiliation, plafonnée selon l'âge :
- 18 mois pour les moins de 53 ans
- 22,5 mois pour les 53-54 ans
- 27 mois pour les 55 ans et plus
Depuis la réforme de 2023, un coefficient de conjoncture peut réduire ces durées en période de bas chômage. En juin 2026, pensez à vérifier le coefficient applicable sur francetravail.fr avant tout calcul prévisionnel.
Pour les salariés à temps partiel, il est important de noter que les heures effectuées au-delà du contrat peuvent influencer le calcul du SJR ; se renseigner sur les règles applicables aux heures supplémentaires pour les salariés à temps partiel permet d'éviter les mauvaises surprises au moment du calcul des droits.
Le délai de carence avant de percevoir l'ARE
L'ARE ne démarre pas le lendemain de la fin du contrat. Plusieurs délais s'accumulent, et ils peuvent peser lourd sur la trésorerie personnelle.
Délais à anticiper :
- Délai d'attente fixe : 7 jours calendaires incompressibles après la fin du contrat, applicable à toute rupture
- Carence liée aux congés payés non pris : variable selon le nombre de jours non soldés, converti en jours de carence (1 jour de carence par jour de congé payé non pris, dans la limite de 75 jours)
- Différé d'indemnisation spécifique : proportionnel à la part supra-légale de l'indemnité de rupture. Calcul : la fraction dépassant l'indemnité légale de licenciement divisée par 105,4 € (montant journalier de référence 2026), plafonné à 150 jours (ramené à 30 jours pour les bénéficiaires du CSP)
Illustration chiffrée : un salarié perçoit une indemnité de rupture de 10 000 €, dont 6 000 € excèdent le minimum légal. Le différé spécifique est de 6 000 / 105,4 = 56,9 jours, arrondi à 57 jours.
Concrètement, avec des indemnités supra-légales significatives, l'attente avant le premier versement peut atteindre 2 à 3 mois. Prévoir cette période avant de signer n'est pas du luxe.
Certains salariés envisagent également de prendre des congés sans solde avant la rupture pour aménager leur transition, ce qui peut influer sur le calcul du SJR et du différé d'indemnisation.
Procédure de rupture conventionnelle : étapes et délais légaux
La procédure est encadrée par les articles L.1237-11 à L.1237-16 du Code du travail. Chaque étape a son importance, pour l'employeur comme pour le salarié.
Étapes obligatoires :
- Entretien(s) : au moins un entretien entre employeur et salarié (aucun nombre minimal imposé)
- Signature de la convention : formulaire Cerfa n° 14598*01, téléchargeable sur service-public.fr
- Délai de rétractation : 15 jours calendaires à compter du lendemain de la signature, pour les deux parties
- Demande d'homologation : transmission du formulaire à la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) via le téléservice TéléRC, au lendemain du délai de rétractation
- Instruction : la DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour homologuer ou refuser. L'absence de réponse vaut homologation tacite.
- Date de rupture effective : au lendemain de l'homologation au plus tôt
De la signature à la rupture effective, le délai minimal tourne autour de 1 mois et 10 jours. Le dernier jour du contrat, l'employeur remet un solde de tout compte, un certificat de travail et une attestation France Travail. L'oubli de cette dernière n'est pas anodin : il expose l'employeur à des pénalités.
En pratique, c'est souvent la direction des ressources humaines qui pilote la procédure côté employeur, en s'assurant du respect de chaque délai légal et de la remise des documents obligatoires.
Indemnité de rupture conventionnelle : calcul et fiscalité
L'indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut pas descendre en dessous de l'indemnité légale de licenciement. Son montant dépend de l'ancienneté.
Barème légal applicable en 2026 :
- Jusqu'à 10 ans d'ancienneté : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté
- Au-delà de 10 ans : 1/3 de mois de salaire par année pour la fraction excédant 10 ans
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et la moyenne des 3 derniers mois (avec proratisation des primes).
Exemple : un salarié cumulant 8 ans d'ancienneté avec un salaire de référence de 3 000 € bruts touche une indemnité minimale de 8 × (3 000 / 4) = 6 000 €.
Régime fiscal et social :
- Exonération d'impôt sur le revenu dans la limite du plus élevé entre : 2 fois la rémunération brute annuelle, ou le montant de l'indemnité légale/conventionnelle, plafonnée à 247 464 € en 2026 (soit 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale)
- Exonération de cotisations sociales jusqu'à 2 fois le PASS (soit 94 176 € en 2026)
- Au-delà de ces seuils : cotisations et impôt s'appliquent
La convention collective peut prévoir une indemnité plus favorable. Vérifiez la CCN applicable avant tout calcul : c'est souvent là que se jouent quelques milliers d'euros supplémentaires.
Cas particuliers : salarié en arrêt maladie, senior ou proche de la retraite
Certaines situations appellent une vigilance accrue avant de signer.
Arrêt maladie ordinaire : une rupture conventionnelle peut être conclue pendant cette période. En revanche, elle est impossible pendant un congé maternité ou un arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle, sauf accord du médecin du travail. Le salarié en arrêt conserve ses droits à l'ARE, mais devra choisir entre les indemnités journalières de la Sécurité sociale et l'ARE : les deux ne se cumulent pas simultanément.
Salariés de 55 ans et plus : la durée maximale d'indemnisation monte à 27 mois (contre 18 pour les moins de 53 ans). Les conditions d'affiliation restent identiques, mais la période de référence s'étend à 36 mois. Le différé d'indemnisation est plafonné à 75 jours pour les allocataires du Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP), dispositif accessible en cas de licenciement économique mais pas en rupture conventionnelle classique.
Salarié proche de la retraite : la rupture conventionnelle n'est pas possible si le salarié peut déjà bénéficier d'une retraite à taux plein. Si ce seuil n'est pas atteint, elle reste envisageable. L'ARE peut alors courir jusqu'à l'âge légal de départ, ce qui peut représenter plusieurs années d'indemnisation. Honnêtement, ce type de situation mérite un avis d'expert en droit du travail ou d'un conseiller retraite avant toute décision.
Ce que doit faire le salarié après la rupture pour toucher le chômage
L'homologation de la convention ne déclenche pas l'ouverture des droits à l'ARE par elle-même. Le salarié doit accomplir plusieurs démarches, dans des délais qui ne pardonnent pas.
Démarches à effectuer :
- S'inscrire sur francetravail.fr dans les 12 mois suivant la fin du contrat (passé ce délai, les droits sont perdus)
- Déclarer le motif de fin de contrat : rupture conventionnelle homologuée
- Transmettre l'attestation employeur : si l'employeur ne l'a pas télétransmise, le salarié peut la déposer directement dans son espace France Travail
- Actualiser chaque mois sa situation sur le portail, avant le 15 du mois pour percevoir l'allocation du mois précédent
- Signaler tout revenu issu d'une activité partielle ou d'une reprise d'emploi pour ajustement de l'ARE
Le premier versement intervient une fois le délai de carence total écoulé (délai fixe + carence congés payés + différé spécifique). France Travail envoie une notification précisant la date du premier paiement.
Si l'employeur tarde à transmettre l'attestation France Travail, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes. L'employeur s'expose alors à une condamnation à dommages et intérêts. Conserver une copie de toutes les pièces signées est une précaution élémentaire, mais souvent négligée.
Fiche pratique
| Coût pour l'employeur | Indemnité minimale = 1/4 de mois par an jusqu'à 10 ans d'ancienneté, 1/3 au-delà + contribution patronale au financement de l'assurance chômage |
| Délai procédure | Minimum ~40 jours (15 j rétractation + 15 j ouvrables homologation + délai préavis négocié) |
| Délai avant ARE | 7 jours fixes + carence congés payés + différé supra-légal (max 150 jours) |
| Statuts concernés | Salariés CDI (hors statut public) ; salariés protégés : procédure spécifique avec autorisation de l'inspection du travail |
| Durée ARE | 18 mois (moins de 53 ans), 22,5 mois (53-54 ans), 27 mois (55 ans et plus) |
| Conditions affiliation ARE | 130 jours ou 910 heures travaillées sur les 24 derniers mois (36 mois pour +53 ans) |
| Obligations employeur | Remise attestation France Travail, certificat de travail, solde de tout compte le dernier jour |
| Formulaire | Cerfa n°14598*01 : téléchargeable sur service-public.fr |
| Organisme d'homologation | DREETS (via téléservice TéléRC) |
| Organisme indemnisation | France Travail (francetravail.fr) |
| Conseil recommandé | Expert-comptable ou avocat en droit du travail pour tout cas complexe (senior, arrêt maladie, indemnité supra-légale) |
Sources
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil comptable, fiscal ou juridique personnalisé. Consultez un expert-comptable ou un avocat pour toute décision engageant votre entreprise.
FAQ pratique
A-t-on droit au chômage après une rupture conventionnelle ?
Oui. La rupture conventionnelle homologuée ouvre droit à l'ARE, car elle est assimilée à une perte involontaire d'emploi. Le salarié doit justifier d'au moins 6 mois de travail (130 jours ou 910 heures) sur les 24 derniers mois, et s'inscrire à France Travail dans les 12 mois suivant la fin du contrat.
Quel est le délai avant de toucher le chômage après une rupture conventionnelle ?
Plusieurs délais se cumulent : 7 jours calendaires incompressibles, une carence liée aux congés payés non pris, et un différé spécifique calculé sur la part supra-légale de l'indemnité (plafonné à 150 jours). Selon la situation, le premier versement peut intervenir entre 1 semaine et 3 mois après la fin du contrat.
Quelle est l'indemnité minimale en cas de rupture conventionnelle ?
L'indemnité ne peut pas être inférieure au minimum légal : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Pour 8 ans d'ancienneté et un salaire de 3 000 €, l'indemnité minimale s'établit à 6 000 €. Une convention collective peut prévoir un montant plus élevé.
Peut-on faire une rupture conventionnelle pendant un arrêt maladie ?
Oui, une rupture conventionnelle peut être signée pendant un arrêt maladie ordinaire. Elle est en revanche impossible pendant un congé maternité ou un arrêt pour accident du travail ou maladie professionnelle. Le salarié en arrêt ne peut pas cumuler les indemnités journalières de la Sécurité sociale et l'ARE simultanément.
Combien de temps dure la procédure de rupture conventionnelle ?
De la signature à la rupture effective, comptez au minimum environ 1 mois et 10 jours : 15 jours calendaires de rétractation, puis 15 jours ouvrables d'instruction par la DREETS, la rupture prenant effet au lendemain de l'homologation au plus tôt.
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