Inaptitude au travail : indemnités, procédure et droits 2026
Inaptitude au travail : comprendre la procédure de constat par le médecin du travail, les obligations de l'employeur, les indemnités et les droits


L'inaptitude au travail est constatée par le médecin du travail lorsque l'état de santé : physique ou mental : du salarié rend impossible le maintien à son poste. Cette procédure, strictement encadrée par le Code du travail, engage des droits distincts selon que l'origine est professionnelle (accident du travail, maladie professionnelle) ou non. Salarié comme employeur doivent en maîtriser les étapes : de la visite médicale de reprise au licenciement éventuel, en passant par l'obligation de reclassement qui pèse sur l'employeur.
En bref
- L'inaptitude est constatée exclusivement par le médecin du travail, pas par le médecin traitant ni par une décision d'invalidité de la Sécurité sociale.
- L'employeur a un mois pour reclasser ou licencier le salarié ; passé ce délai, le salaire doit être repris.
- L'indemnité spéciale de licenciement est doublée en cas d'inaptitude d'origine professionnelle (art. L1226-14 du Code du travail).
- La retraite à taux plein est possible dès 62 ans pour inaptitude, et l'ASPA dès 60 ans (service-public.fr, 2025-2026).
- La consultation du CSE est obligatoire avant tout licenciement pour inaptitude, sous peine de licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Qu'est-ce que l'inaptitude au travail ? Définition et cadre légal
L'inaptitude au travail désigne la situation dans laquelle un salarié, à la suite d'une maladie ou d'un accident, ne peut plus occuper son poste sans risque grave pour sa santé. Elle est prononcée exclusivement par le médecin du travail, à l'issue d'une procédure médicale encadrée par les articles L1226-1 et suivants du Code du travail.
Contrairement à une idée reçue, ce n'est ni le médecin traitant ni le médecin-conseil de la Sécurité sociale qui peut déclarer un salarié inapte. Cette prérogative revient au seul médecin du travail, après au moins un examen médical et une étude du poste et des conditions de travail.
L'inaptitude peut être totale : le salarié ne peut plus occuper aucun emploi dans l'entreprise : ou partielle, auquel cas un reclassement sur un poste aménagé reste envisageable. L'avis du médecin du travail lie l'employeur, qui ne peut pas le contester sur le fond médical mais peut exercer un recours devant le conseil de prud'hommes dans les 15 jours.
Le cadre légal distingue deux régimes radicalement différents selon l'origine de l'inaptitude. Cette distinction conditionne l'ensemble des droits du salarié : indemnités, protection contre le licenciement, obligations de l'employeur.
Inaptitude professionnelle vs non professionnelle : la distinction qui change tout
L'inaptitude d'origine professionnelle découle d'un accident du travail (AT) ou d'une maladie professionnelle (MP). Elle est régie par les articles L1226-10 à L1226-17 du Code du travail. Le salarié bénéficie alors d'une protection renforcée : indemnité spéciale de licenciement doublée, indemnité compensatrice de préavis, et interdiction de licenciement sans autorisation de l'inspecteur du travail pour les salariés protégés.
L'inaptitude d'origine non professionnelle, encadrée par les articles L1226-1 à L1226-4-1, couvre toutes les autres situations : maladie ordinaire, accident de la vie privée, affection de longue durée hors tableau MP. Les droits sont moins favorables : indemnité légale simple, pas d'indemnité de préavis (sauf convention collective plus favorable).
Un point crucial : une maladie initialement non professionnelle peut être reconnue comme professionnelle a posteriori. Si le salarié engage une démarche de reconnaissance MP et l'obtient après son licenciement, il peut contester rétroactivement le fondement juridique de la rupture.
Cette procédure peut aboutir, dans certaines situations, à un licenciement à l'amiable pour lequel les conséquences financières sont importantes à anticiper.
Inaptitude, invalidité et RQTH : trois notions à ne pas confondre
Ces trois statuts sont fréquemment amalgamés alors qu'ils relèvent de logiques distinctes. L'invalidité est une décision administrative de la Sécurité sociale, classée en trois catégories selon la capacité de travail résiduelle. Selon service-public.fr (2025), être reconnu invalide de 2ᵉ ou 3ᵉ catégorie n'entraîne pas automatiquement l'inaptitude au travail : c'est au médecin du travail de la constater.
La reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH), délivrée par la MDPH, ouvre des droits à l'emploi et à la formation mais ne constitue pas un avis d'inaptitude. Un salarié peut être RQTH et parfaitement apte à son poste, y compris avec des aménagements.
L'inaptitude est donc un constat médical individualisé, lié à un poste précis, quand l'invalidité est une évaluation globale de la capacité de gain, et la RQTH un statut administratif d'insertion professionnelle.
La procédure de constat par le médecin du travail
Le constat d'inaptitude intervient obligatoirement dans le cadre d'une visite médicale de reprise, après un arrêt de travail. Cette visite doit être organisée par l'employeur dès que le salarié reprend le travail, et au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise. Elle est distincte de la visite de pré-reprise, qui peut être sollicitée par le salarié pendant l'arrêt mais n'a pas de portée juridique contraignante.
Le médecin du travail ne peut prononcer l'inaptitude qu'après avoir réalisé au moins un examen médical du salarié et une étude de poste dans l'entreprise. Il échange avec l'employeur sur les possibilités d'aménagement avant de rendre son avis. Cette procédure garantit que l'inaptitude n'est pas prononcée de façon précipitée et que toutes les pistes d'adaptation du poste ont été explorées.
L'avis d'inaptitude, une fois rendu, s'impose à l'employeur. Celui-ci peut le contester devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 15 jours en sollicitant une mesure d'instruction, mais il ne peut pas passer outre ni demander une contre-visite médicale.
Les deux examens médicaux : quand sont-ils obligatoires ?
La jurisprudence et le Code du travail imposent en principe deux examens médicaux pour constater l'inaptitude, espacés d'au moins 15 jours. Le premier examen évalue l'état de santé du salarié et les contraintes de son poste. Le second confirme ou infirme le constat initial.
Toutefois, un seul examen suffit dans deux cas : lorsque le maintien du salarié à son poste entraîne un danger immédiat pour sa santé ou sa sécurité, ou pour celles des tiers ; ou lorsque l'état de santé du salarié rend impossible la tenue d'un second examen. Cette exception, prévue par la loi, permet d'accélérer la procédure dans les situations les plus graves sans fragiliser juridiquement l'avis rendu.
La visite de pré-reprise, quant à elle, peut être demandée par le salarié, son médecin traitant ou le médecin-conseil de la Sécurité sociale. Elle permet d'anticiper les aménagements nécessaires mais ne remplace pas la visite de reprise.
Comment est établi l'avis d'inaptitude : contenu du document
L'avis d'inaptitude est un document formalisé qui doit comporter plusieurs mentions obligatoires : la conclusion médicale (apte, inapte partiellement, inapte totalement), les capacités restantes du salarié, et les préconisations de reclassement ou d'aménagement.
Le médecin du travail y indique expressément si l'inaptitude est d'origine professionnelle ou non. Cette mention est déterminante pour la suite de la procédure : c'est elle qui déclenche l'application du régime protecteur des AT/MP ou du régime de droit commun.
Il peut également cocher la mention « tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé » ou « l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ». Dans ce second cas, l'employeur est dispensé de son obligation de recherche de reclassement : une dispense qui doit être maniée avec prudence, car elle peut être contestée devant les prud'hommes.
Obligations de l'employeur après l'avis d'inaptitude
Dès réception de l'avis d'inaptitude, l'employeur entre dans une phase juridiquement contrainte. Son obligation centrale est la recherche d'un reclassement, encadrée par un délai d'un mois (art. L1226-2 et L1226-10 du Code du travail). L'employeur doit proposer au salarié un emploi aussi comparable que possible à l'emploi précédemment occupé, au besoin par la mise en œuvre de mesures telles que mutations, aménagements ou transformations de postes.
Le périmètre de cette recherche s'étend à l'ensemble des établissements de l'entreprise, y compris ceux situés à l'étranger si l'entreprise appartient à un groupe. Les propositions doivent être écrites et précises : intitulé du poste, rémunération, lieu de travail, classification. Une proposition orale ou vague expose l'employeur à un contentieux.
Passé le délai d'un mois, si aucun reclassement n'a été proposé et que le salarié n'est pas licencié, l'employeur doit reprendre le versement du salaire correspondant à l'emploi occupé avant l'arrêt de travail.
L'obligation de reclassement : périmètre et délai d'un mois
Le délai d'un mois court à compter de la date de l'avis d'inaptitude. Durant cette période, l'employeur doit consulter le CSE (Comité Social et Économique) sur les possibilités de reclassement et les propositions de poste. Cette consultation est une formalité substantielle : son absence rend le licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Les propositions de reclassement prennent en compte les préconisations du médecin du travail. L'employeur ne peut pas imposer un poste qui contreviendrait à ces préconisations, même si le salarié l'acceptait. Le refus par le salarié d'un poste conforme aux prescriptions médicales n'est pas fautif et ne prive pas le salarié de ses indemnités.
Quand l'employeur est dispensé de chercher un reclassement
La dispense de reclassement est une exception prévue par la loi dans deux hypothèses strictes. La première : lorsque le médecin du travail a expressément mentionné dans l'avis que « tout maintien du salarié dans un emploi serait gravement préjudiciable à sa santé » ou que « l'état de santé du salarié fait obstacle à tout reclassement dans un emploi ».
La seconde concerne les entreprises de moins de 50 salariés appartenant à un groupe ne comptant pas d'établissement supplémentaire permettant une permutation de personnel. Dans ce cas, l'employeur peut invoquer l'impossibilité de reclassement après avoir néanmoins procédé à une recherche sérieuse au sein de l'entreprise.
Dans les deux cas, l'employeur doit pouvoir démontrer, documents à l'appui, qu'aucune possibilité n'existait. Une attestation sur l'honneur ne suffit pas face à un juge prud'homal.
Erreur courante : négliger la consultation du CSE et ses conséquences
La consultation du CSE avant le licenciement pour inaptitude est une obligation légale dont l'oubli est l'une des causes les plus fréquentes de condamnation des employeurs. La Cour de cassation considère cette consultation comme une formalité substantielle : son absence prive le licenciement de cause réelle et sérieuse, quelle que soit la taille de l'entreprise.
Concrètement, un employeur qui licencie un salarié pour inaptitude sans avoir préalablement réuni et consulté le CSE s'expose à une indemnisation pouvant atteindre plusieurs mois de salaire, en plus des indemnités légales ou spéciales déjà dues. Même dans les TPE sans CSE, le PV de carence doit être établi.
Autre piège : une consultation tardive, postérieure à l'engagement de la procédure de licenciement, est assimilée à une absence de consultation. Le CSE doit être consulté avant la convocation à l'entretien préalable, sur la base de propositions écrites de reclassement.
Licenciement pour inaptitude : procédure et indemnités comparées
Lorsque le reclassement s'avère impossible, l'employeur engage la procédure de licenciement pour inaptitude. Celle-ci suit les étapes classiques du licenciement pour motif personnel : convocation à un entretien préalable, tenue de l'entretien, notification écrite et motivée du licenciement.
La lettre de licenciement doit mentionner l'inaptitude constatée par le médecin du travail et l'impossibilité de reclassement, en précisant les recherches effectuées. Une motivation insuffisante ou stéréotypée expose l'employeur à une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.
Les indemnités diffèrent sensiblement selon l'origine de l'inaptitude : professionnelle ou non professionnelle. Le tableau ci-dessous récapitule ces différences, déterminantes pour le salarié comme pour le coût supporté par l'employeur.
Tableau : indemnités licenciement inaptitude professionnelle vs non professionnelle
Le régime d'indemnisation de l'inaptitude crée un écart significatif entre les deux origines. En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, l'article L1226-14 du Code du travail prévoit une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l'indemnité légale. Le salarié perçoit également une indemnité compensatrice de préavis, comme si le préavis avait été exécuté.
En cas d'inaptitude non professionnelle, l'indemnité de licenciement est l'indemnité légale simple : 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà. Le préavis n'est ni exécuté ni payé, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
Pour un salarié au SMIC (1 867,06 € brut mensuel) avec 12 ans d'ancienneté, l'écart est parlant : environ 6 500 € en non professionnel contre environ 13 000 € en professionnel, hors indemnité de préavis.
En effet, la fin du contrat nécessite le calcul de l'indemnité de préavis pour un licenciement économique en 2026.
Le préavis en cas d'inaptitude : payé mais non effectué
Le sort du préavis constitue une différence majeure entre les deux régimes. En inaptitude professionnelle, le salarié ne peut pas physiquement exécuter son préavis : mais il en perçoit l'équivalent sous forme d'indemnité compensatrice. Cette indemnité est égale au salaire qu'il aurait perçu s'il avait travaillé durant la période de préavis.
En inaptitude non professionnelle, la règle est inverse : le préavis n'est ni effectué ni rémunéré, sauf si la convention collective applicable prévoit une disposition plus favorable. Certaines conventions collectives (métallurgie, chimie, BTP) maintiennent en effet une indemnisation du préavis même en cas d'inaptitude non professionnelle.
Cette différence s'explique par la logique de réparation propre aux AT/MP : le salarié victime d'un accident ou d'une maladie lié au travail ne doit subir aucune perte financière du fait de son inaptitude.
Qui paie le salarié inapte et quels revenus percevoir ?
La période qui suit l'avis d'inaptitude soulève une question concrète et immédiate : qui verse quoi au salarié ? La réponse dépend de la chronologie et de la réactivité de l'employeur.
Premier cas : l'employeur engage immédiatement la recherche de reclassement. Le salarié ne perçoit pas de salaire durant cette période : sauf disposition conventionnelle contraire : mais peut solliciter l'indemnité temporaire d'inaptitude (ITI) auprès de la Sécurité sociale. Deuxième cas : passé le délai d'un mois sans reclassement ni licenciement, l'employeur doit reprendre le paiement du salaire.
À l'issue du licenciement, le salarié bascule vers l'assurance chômage (France Travail), sous réserve de remplir les conditions d'ouverture de droits. Les indemnités de licenciement perçues diffèrent le point de départ du versement de l'ARE.
L'indemnité temporaire d'inaptitude (ITI) : conditions et durée
L'indemnité temporaire d'inaptitude (ITI) est une allocation versée par la CPAM au salarié déclaré inapte à la suite d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle. Elle fait le pont entre la fin des indemnités journalières de Sécurité sociale (IJSS) et le reclassement ou le licenciement.
Pour en bénéficier, le salarié doit justifier d'une inaptitude d'origine professionnelle et ne pas percevoir de salaire. La demande s'effectue au moyen du formulaire disponible sur service-public.fr (référence R14821, vérifié 2025), accompagné de l'avis d'inaptitude et d'une attestation de non-reprise du paiement du salaire par l'employeur.
Le montant de l'ITI est calculé sur la base du salaire journalier de référence, dans la limite d'un plafond. Sa durée est liée à celle de la procédure de reclassement ou, à défaut, à la date du licenciement. Elle cesse automatiquement en cas de reclassement effectif ou de licenciement notifié.
Cas pratique : ce que perçoit concrètement un salarié déclaré inapte
Prenons le cas d'un salarié au SMIC (1 867,06 € brut mensuel, soit environ 1 470 € net), avec 10 ans d'ancienneté, déclaré inapte après un accident du travail. Pendant le mois de recherche de reclassement, il ne perçoit pas de salaire mais peut solliciter l'ITI auprès de la CPAM.
Aucun poste de reclassement n'étant trouvé, le licenciement est notifié. Il perçoit alors une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l'indemnité légale : (1/4 × 1 867,06 × 10) × 2 = environ 9 335 €. S'y ajoute l'indemnité compensatrice de préavis (2 mois pour 10 ans d'ancienneté, soit environ 3 734 €), portant le total perçu à plus de 13 000 €.
Si la même inaptitude avait eu une origine non professionnelle, l'indemnité de licenciement se limiterait à 4 667 €, sans indemnité de préavis, soit un total inférieur de près de 8 500 €. Cet écart illustre l'importance de la qualification de l'origine par le médecin du travail et, le cas échéant, d'une demande de reconnaissance de maladie professionnelle.
Inaptitude au travail et droits connexes : retraite, AAH, CAF
L'inaptitude au travail, une fois constatée par le médecin du travail, ouvre des droits qui dépassent le seul champ de la relation de travail. Le législateur a prévu des passerelles vers le système de retraite et les minima sociaux, reconnaissant que l'incapacité à travailler justifie un accès anticipé à certaines prestations.
Ces droits sont conditionnés à des démarches spécifiques, distinctes de la procédure d'inaptitude elle-même. Le salarié doit entreprendre des formalités auprès de l'Assurance retraite, de l'Agirc-Arrco pour la retraite complémentaire, et éventuellement de la MDPH pour les prestations liées au handicap. L'inaptitude constatée sert alors de justificatif médical, mais ne déclenche pas automatiquement les droits.
Retraite pour inaptitude : partir à 62 ans à taux plein
Le salarié reconnu inapte au travail par le médecin du travail peut prétendre à une retraite de base à taux plein dès l'âge de 62 ans, quel que soit son nombre de trimestres cotisés (service-public.fr F15396, vérifié 2025). Ce taux plein automatique : fixé à 50 % du salaire annuel moyen : constitue un avantage notable par rapport au droit commun, où l'âge du taux plein est de 67 ans en cas de durée d'assurance insuffisante.
Cette disposition concerne les salariés du régime général, les salariés agricoles et les indépendants. La reconnaissance de l'inaptitude doit être attestée par le médecin du travail ou, pour les non-salariés, par le médecin-conseil de la caisse de retraite. La date de constatation de l'inaptitude doit être antérieure à la date d'entrée en jouissance de la retraite.
Retraite complémentaire Agirc-Arrco et inaptitude
La retraite complémentaire Agirc-Arrco suit un principe similaire : si le salarié bénéficie de sa retraite de base à taux plein au titre de l'inaptitude, sa retraite complémentaire est également versée sans abattement, c'est-à-dire sans minoration pour années manquantes (service-public.fr F15396, vérifié 2025).
Cette coordination entre régimes permet au salarié inapte de ne pas subir de décote sur sa pension globale. L'abattement Agirc-Arrco, qui peut atteindre jusqu'à 22 % selon l'année de naissance et le nombre de trimestres manquants, est donc neutralisé. La demande doit être adressée à l'Agirc-Arrco avec les justificatifs de la retraite de base à taux plein pour inaptitude.
Inaptitude au travail et MDPH : quelles démarches ?
L'inaptitude au travail constatée par le médecin du travail ne se substitue pas à une reconnaissance par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), mais les deux démarches peuvent se compléter. Un salarié déclaré inapte peut déposer un dossier MDPH pour solliciter la RQTH, l'AAH (allocation adulte handicapé) ou une orientation en milieu protégé.
L'ASPA (Allocation de solidarité aux personnes âgées), qui remplace le minimum vieillesse, est accessible dès 60 ans en cas d'inaptitude au travail ou d'invalidité réduisant la capacité de travail (service-public.fr F16871, vérifié mai 2026). L'inaptitude doit être médicalement constatée par un médecin agréé ou le médecin-conseil de la caisse de retraite, selon une procédure distincte de celle du médecin du travail.
Les aides de la CAF sont indépendantes de l'inaptitude : elles restent calculées selon les ressources du foyer et la composition familiale. L'inaptitude n'ouvre en elle-même aucun droit spécifique auprès des CAF.
Inaptitude pour dépression ou maladie psychique : spécificités
Le Code du travail ne distingue pas selon la nature : physique ou mentale : de l'affection à l'origine de l'inaptitude. Selon le ministère du Travail (travail-emploi.gouv.fr), l'inaptitude médicale peut être prononcée lorsque l'état de santé physique ou mentale du salarié est devenu incompatible avec son poste. La dépression, le burn-out, les troubles anxieux sont donc des motifs recevables d'inaptitude, juridiquement indiscutables.
La difficulté principale, en pratique, tient à la preuve de l'origine professionnelle. Un syndrome dépressif lié à des conditions de travail dégradées ou à un harcèlement moral peut relever d'une maladie professionnelle : à condition d'être inscrit dans un tableau MP ou d'être reconnu par le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP). Sans cette reconnaissance, l'inaptitude est traitée comme non professionnelle, avec les conséquences financières vues plus haut.
Le médecin du travail n'a pas à connaître le diagnostic précis du salarié : le secret médical le lui interdit. Il constate l'incapacité au poste et formule ses préconisations de reclassement sans divulguer la pathologie à l'employeur. Cette confidentialité est une protection essentielle pour le salarié, notamment dans les situations de souffrance psychique au travail.
Les étapes clés de l'inaptitude au travail : récapitulatif chronologique
La procédure d'inaptitude suit un enchaînement rigoureux dont chaque maillon conditionne la validité du suivant. Voici la chronologie d'ensemble, de l'arrêt de travail à la rupture éventuelle du contrat.
- Arrêt de travail : le salarié est en arrêt pour maladie ou accident. Il perçoit les IJSS de la Sécurité sociale.
- Visite médicale de reprise : dès la reprise, l'employeur organise la visite dans les 8 jours. Le médecin du travail examine le salarié et étudie le poste.
- Avis d'inaptitude : après un ou deux examens, le médecin du travail rend un avis écrit mentionnant les capacités restantes et les préconisations de reclassement.
- Recherche de reclassement : l'employeur dispose d'un mois pour consulter le CSE et proposer des postes compatibles.
- Licenciement ou reclassement : si le reclassement échoue, le salarié est convoqué à un entretien préalable puis licencié, avec les indemnités correspondant à l'origine de l'inaptitude.
⚠️ Vigilance RH : ne jamais notifier un licenciement sans avoir préalablement consulté le CSE et formalisé par écrit l'impossibilité de reclassement. Ces deux omissions figurent parmi les causes les plus fréquentes de condamnation prud'homale.
💡 À noter : le salarié peut contester l'avis d'inaptitude lui-même en saisissant le conseil de prud'hommes dans les 15 jours suivant sa notification. L'employeur, lui, ne peut pas contester le fondement médical mais peut solliciter une mesure d'instruction judiciaire.
Sources
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- service-public.gouv.fr
- entreprendre.service-public.gouv.fr
Le présent contenu a une vocation pédagogique. Pour une décision fiscale, sociale ou juridique, rapprochez-vous d'un expert-comptable ou d'un conseil habilité.
FAQ pratique
Quel est l'avantage d'être reconnu inapte au travail ?
La reconnaissance de l'inaptitude au travail par le médecin du travail déclenche une protection juridique forte pour le salarié : une obligation de reclassement pèse sur l'employeur et, en cas d'impossibilité, le licenciement ouvre droit à des indemnités spécifiques : doublées si l'origine est professionnelle (art. L1226-14 du Code du travail). Cette reconnaissance peut également ouvrir des droits connexes, comme la retraite à taux plein dès 62 ans (service-public.fr, 2025).
Comment ça se passe quand on est reconnu inapte au travail ?
Après la visite médicale de reprise, le médecin du travail rend un avis d'inaptitude qui mentionne les capacités restantes du salarié et les préconisations de reclassement. L'employeur dispose d'un délai d'un mois pour rechercher un poste compatible. Passé ce délai sans reclassement ni licenciement, il doit reprendre le versement du salaire. Si aucun poste n'est trouvé, le licenciement pour inaptitude est engagé, avec les indemnités correspondant à l'origine : professionnelle ou non : de l'inaptitude.
Quelles sont les indemnités en cas d'inaptitude au travail ?
En cas d'inaptitude d'origine professionnelle, le salarié perçoit une indemnité spéciale de licenciement égale au double de l'indemnité légale, ainsi qu'une indemnité compensatrice de préavis (art. L1226-14). En cas d'inaptitude non professionnelle, seule l'indemnité légale de licenciement est due : soit 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à 10 ans, puis 1/3 au-delà (art. L1226-4-1). Le préavis n'est ni effectué ni payé, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
Qui me paye en cas d'inaptitude au travail ?
Après l'avis d'inaptitude, si le salarié n'est ni reclassé ni licencié dans le mois, l'employeur doit reprendre le versement du salaire. Pendant la recherche de reclassement, le salarié peut bénéficier de l'indemnité temporaire d'inaptitude (ITI) versée par la Sécurité sociale, sous conditions. La demande s'effectue via le formulaire disponible sur service-public.fr (réf. R14821). En cas de licenciement, ce sont les indemnités de rupture qui prennent le relais, selon l'origine professionnelle ou non de l'inaptitude.
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